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Une enquête du commissaire Jules Maigret

Voilà bientôt 6 mois que la jeune femme nommée Cécile venait le voir au quai des Orfèvres, c’était devenu la blague de tous les services. On passait devant elle d’un air goguenard, puis d’un air encore plus goguenard, on prévenait le commissaire Maigret qu’elle était là. N’aurait-elle pas le béguin pour lui ? ce que ça l’agace le commissaire !
Ce n’est pas qu’il ait refusé de la recevoir, la jeune femme étant persuadée que la nuit on pénétrait dans l’appartement de sa tante à qui elle servait de bonniche, de dame de compagnie, non payée bien sûr.
Après avoir posté un policier pendant quelques jours, cela s’était révélé infructueux, aucune allée et venue suspecte, la garde avait donc été supprimée, mais Cécile, elle, obstinément revenait voir le commissaire.

Ce jour-là, Cécile attendait à nouveau, mais le commissaire n’avait réellement pas le temps, il est sur une enquête d’un groupe de Polonais, vivants dans un hôtel sordide et soupçonnés de nombreux méfaits.
Lorsqu’il a le temps de la voir, la jeune femme a disparu.
Son corps sera retrouvé, peu après, dans un placard à balais, quelque part dans un couloir du commissariat. La jeune morte a été étranglée.
Comme sa tante, la veuve Boynet, dont le commissaire découvre le cadavre en se rendant au domicile de Cécile.

Il entame alors une enquête qui le mène surtout auprès des locataires de l’immeuble où habitaient les 2 femmes ; il apprend que la tante en était propriétaire et que cette femme, non contente d’être immensément riche, exploitait sa malheureuse nièce qui n’osait pas se révolter.
La veuve Boynet était réellement un personnage des plus déplaisants.
Son neveu, le frère de Cécile, est dans tous ses états, il n’hésite pas à accuser le commissaire à propos de sa sœur – le jeune homme est aussi au bout du rouleau matériellement, sans emploi, avec une jeune épouse sur le point d’accoucher.
Seule la généreuse Cécile tentait de grappiller quelques sous pour l’aider. Le jeune est un coupable idéal, mais Maigret n’y croit pas.
Lui il pencherait plutôt pour un sale bonhomme, ayant eu des problèmes avec la brigade de mœurs, habitant de l’immeuble et ami de la morte. Mais il a un alibi, dans les deux cas.

Le mauvais temps qui déferle sur nous m’aurait-il influencée à sortir ce roman de Simenon de ma PAL ? En tout cas, l’ambiance de l’extérieur se reflète parfaitement dans l’histoire = vent, pluie, fraîcheur à gogo.

J’ai retrouvé l’ambiance tellement typique de Georges Simenon, à tel point que je me demande pourquoi je suis temporairement rebutée par les polars scandinaves, nous baignons exactement dans le même climat sombre, glauque, déprimant (en fait, je crois que je sature à propos des polars du nord parce qu’on ne parle plus que d’eux).

Comme d’habitude Georges Simenon brosse de ses personnages des portraits peu amènes ; difficile d’avoir un semblant de sympathie pour eux, que ce soit de la victime ou du jeune homme faussement accusé.
A la rigueur on plaint la malheureuse et douce Cécile, mais on se dit qu’on aurait bien aimé, comme son frère cadet, la secouer pour qu’elle se sorte de son bourbier.
Même le commissaire Maigret et sa célèbre pipe sont déprimés – il est vrai que le pauvre homme se sent responsable de la mort de la jeune femme, venue lui demander de l’aide, et qu’il ne crut pas.

Elles ne trouvent réellement pas grâce à ses yeux,  les femmes, à cet écrivain qui étale sa misogynie sans aucun scrupule, il est vrai que l’époque dans laquelle il écrivait n’était pas encore celle du politiquement correct = on fume partout, dans les bureaux, les chambres à coucher, à table, et les femmes ne sont jamais rien d’autres que de véritables harpies, manipulatrices, calculatrices, prêtes à coucher avec des hommes mariés, à tromper leur mari, j’en passe et des meilleures.

Si elles ne sont pas des viragos, elles sont des victimes consentantes de la méchanceté, se laissant traiter comme des servantes, avec un air de victime résignée. Même Madame Maigret se comporte comme une petite souris silencieuse.
Je me demande si l’on oserait encore brosser de tels portraits actuellement ? il doit y en avoir, c’est évident, mais cela ne me frappe jamais aussi fort que chez Georges Simenon.
Je suis aussi  très étonnée qu’Alfred Hitchcock ne se soit jamais inspiré de l’un de ces romans pour dresser un de ces portraits particuliers dont lui aussi avait le secret.

J’ai apprécié renouer avec Simenon, malgré l’ambiance assez triste, désabusée, pas d’espoir chez cet auteur, le monde est laid et le reste, même lorsqu’on trouve le coupable, lorsqu’on prouve l’innocence d’un accusé qui ne semble même pas reconnaissant d’avoir été sauvé.
Et notre cher commissaire  traînera son sentiment de culpabilité bien au-delà du livre, celui-ci une fois refermé. 

Par contre, pour ce qui est du gang des Polonais, cette enquête est totalement occultée et ils disparaissent de l’histoire sans que personne n’y prête plus attention.
Ce qui m’a tout de même un peu étonnée, en tant que lectrice je reste un peu sur ma faim !

Le commissaire Maigret, selon moi,  a dû servir de modèle aux autres policiers des romans policiers = il boit assez bien (bière, petit blanc sur le zinc, calvados), ne mange pas toujours très correctement (sandwich sur le pouce, grosse choucroute, sans oublier la blanquette de veau, que Madame Maigret réussit fort bien). Il fume énormément.
Madame Maigret apparaît aussi dans cette histoire, discrète, effacée, comme à l’accoutumée.
Autres personnages récurrents = les inspecteurs Torrence, Janvier, Lapointe. On trouve aussi le juge d’instruction Coméliau.

Maigret est apprécié de tous, il est humain, éprouvant souvent une certaine compassion pour les coupables qui sont aussi des victimes à ses yeux de la mesquinerie de ceux qu’ils ont assassinné.
Sa méthode de travail st basé sur la psychologie, la personnalité de la victime et de tous les suspects possibles.
Son instinct le guide aussi vers le coupable, avant de pouvoir prouver quoi que ce soit.

Ce roman « Cécile est morte » fut l’un des tout premiers à faire l’objet d’une adaptation cinématographique dès sa parution, avec Albert Préjean dans le rôle du célèbre commissaire.
Jean Gabin, aussi, sera un Maigret très valable. Et en Italie, c'est Gino Cervi qui l'intepréta brièvement.

Il a également fait l’objet d’adaptations télévisées = en 1994 avec Bruno Cremer, réalisé par Denys de la Pattelière. Chaque enquête de Maigret, interprétée par Bruno Cremer, est réalisée par un metteur en scène différent.
Ces adaptations ont été réalisées en respectant plus ou moins l’époque des romans.

Ce que peu savent, c’est qu’il existait déjà des adaptations télévisées sous le titre « Les enquêtes du commissaire Maigret » avec l’excellent comédien Jean Richard, qui prouvait là qu’il était autre chose qu’un acteur comique.
Il reste, à ce jour, « mon » Maigret préféré.Ces adaptations-là étaient réalisées dans l’époque de la réalisation, c’est-à-dire années 1960, réalisées par Claude Barma.
Cette série commença sa « carrière » en noir&blanc et j’aime énormément l’ambiance qui s’en dégage. La voix « off » du comédien Jean Dessailly raconte des moments de l’histoire, début et fin généralement, ce qui ajoute un certain charme à l’ambiance, un peu comme si on lisait le roman à haute voix.
De plus, à quelques petits détails près, la série réalisée par Claude Barma restait assez fidèle aux romans.
Elles feront l’objet de remakes en couleur, toujours avec Jean Richard, lorsque les producteurs décidèrent que les enquêtes de Maigret devraient être tournées en couleurs.

D'autres billets sur ce roman = ccritiqueslibres

-jean--richard-