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Titre français = La Compagnie des Loups

La romancière britannique Angela Carter, décédée bien trop jeune, avait  une grande admiration pour William Shakespeare (qui se retrouve dans « Wise Children » que j’ai lu à sa sortie en 1997) et une imagination particulièrement vive.
Notamment en ce qui concernait la réécriture des contes de fées.

Dans ce recueil de 10 histoires, elle s’inspire  notamment de Charles Perrault, sa Barbe-bleue, son Chat botté,  son Petit Chaperon rouge, sa Belle et la Bête, sa Belle au bois dormant, avec une petite pirouette du côté d’Alice au pays des merveilles et de Dracula.  La réécriture est souvent drôle, caustique, mais aussi dramatique et poignante, sans oublier la sensualité dont elle estimait que tous ces contes étaient empreints, ce qui n’est pas faux puisqu’à chaque fois une pure jeune fille est  « réveillée » au moment même où ses sens s’éveillent.

The Bloody Chamber –  un marquis immensément riche épouse une toute jeune et brillante élève du conservatoire. Elle est éblouie par la fortune qu’il met à ses pieds, elle la pauvre élève pianiste, possède désormais robes de Poiret et fourrures. Arrivée au « bout du monde » dans un château immense avec un nombre incalculable de serviteurs, plus un accordeur de piano (aveugle comme il se doit). Lorsque le marquis part pour affaires, elle reçoit toutes les clés de la maison = tout lui appartient, sauf le cabinet qu’ouvre une petite clé.
Mon avis = c’est tellement évident, cette réécriture sensuelle de « Barbe Bleue » que l’on se demande quelle pourrait bien en être l’originalité  =  C’est très simple, ce fut la fin, qui m’a bien fait rire par son côté féministe.

The Courtship of Mr Lyon – une romantique réécriture de « La Belle & la Bête », emplie de tendresse et d’émotion
Mon avis = émouvant – aussi « fantastique » que le film de Jean Cocteau sur ce sujet

The Tiger’s Bride – une autre réécriture de « La Belle & la Bête ».
Mon avis = très original mais  suscite nettement moins d’émotion que « Mr Lyon ». Un conte à l’envers en quelque sorte.

Puss-in-Boots – un jeune séducteur de dames, jeunes, vieilles, belles, laides, riches ou simples servantes, il les aime toutes (et s’en sert) le bel ami de notre chat botté, fameusement retors lui aussi – toujours prêt à aider son maître que ce soit pour la séduction ou la nourriture. Jusqu’au jour où le grand dadais tombe amoureux ! cela ennuie fortement notre chat car du coup, l’homme ne voit plus que l’objet de son amour – une jeune femme mariée à un vieux barbon impuissant qui la tient enfermée. Heureusement elle a un joli animal de compagnie, une féline qui tombe amoureuse du Chat botté et va l’aider dans ses entreprises, le matou est si séduisant, comment lui résister.
Mon avis = drôle et piquant, un chat botté séducteur, dont on se doute qu’il ne recule devant rien pour que son « maître » soit heureux.

The Erl-King – adaptation d’une légende du folklore nordique – une jeune vierge se promène dans la forêt et rencontre la créature qui en est le roi, personnifiant la forêt. Elle comprend rapidement qu’il va la transformer en oiseau, comme il le fit avec les autres jeunes filles qui traversèrent son domaine. Elle décide d’échapper à ce sort funeste.
Mon avis = une écriture très poétique sur la forêt et ses sortilèges.

The Snow child – adaptation de Blanche neige – un comte et sa comtesse chevauchent dans les bois – il émet le vœu d’avoir une enfant aussi blanche que la neige ; il émettra des vœux semblables en voyant du sang et un corbeau. A peine a-t-il formulé ses vœux, qu’une ravissante créature apparaît, le comte est séduit et la comtesse enragée par la jalousie, les choses n’en resteront pas là.
Mon avis = désagréable à lire, même si original. Un conte qui en devient sordide (bon, je n'ai pas dit que j'aimais tout dans ce recueil).

The Lady of the House of Love – depuis des millénaires la fille du Nosferatu se cache dans son château aussi délabré que le village qui l’entoure. Un jeune soldat, en vacances, arrive en bicyclette sur les lieux. Il réveille quelque chose au fond du cœur de la belle, mais en sera-t-il sauvé pour autant ?
Mon avis = originale version de la « Belle au bois », ici fille de vampire et damnée pour l’éternité à « dévorer » les jeunes gens vierges qui visitent le château. Toute l’ambiance gothique de Bram Stoker, émouvant et triste.
Avec « le Chat botté », l’une de mes réécritures  préférées.

The Werewolf – le petit Chaperon rouge doit se rendre chez sa grand-mère souffrante et passer par une forêt où les loups sont souvent des humains transformés en loups.
Mon avis = pas mal du tout cette version du petit Chaperon rouge, où la grand-mère réserve une fameuse surprise à sa petite-fille. 

The Company of Wolves – en route vers la chaumière de sa grand-mère, le petit Chaperon rouge rencontre un bien séduisant jeune chasseur, dont elle ne sait pas encore  qu’il a assassiné sa grand-mère ; comme dans la version originale de Perrault, notre petit Chaperon ne se laissera guère intimider.
Mon avis = vraiment amusant également – un petit chaperon rouge bien coquin qui se rit des loups.

Wolf-Alice – une autre variante du petit Chaperon rouge qui serait passé de « l’autre côté du miroir » comme l’Alice de Lewis Carroll. Une petite « enfant sauvage » que les nonnes ont tenté de civiliser. Lorsqu’elle refuse d’entrer dans le moule des conventions, elle est jetée en pâture à un duc plutôt monstrueux.
Mon avis = surprenant, déroutant et intéressant.

Par ces réécritures des contes célèbres, Angela Carter souhaitait changer l’image des femmes que ce soit dans les contes ou les romans gothiques, où elles sont systématiquement présentées en victimes, sans force face à l’adversité, se laissant porter par les événements.
Féminisme et métamorphoses sont les éléments clés de ce recueil de nouvelles qui m’a beaucoup divertie et que je recommande vivement, à condition d’accepter d’être « bousculée » dans nos manières de concevoir les contes.
De plus, non seulement nous assistons à un mélange de genres, mais aussi à un mélange d’époques – nous baignons ici soit dans une ambiance moyenâgeuse, soit début de siècle ou entre deux-guerres. Ainsi que je l’ai dit, il faut accepter les contradictions, ne pas voir dans ces réécritures un manque de considération mais une analyse différente, le point de vue d’une essayiste du 20ème siècle, quelque peu irrévérencieuse.

(l’un des  contes de ce recueil d’Angela Carter a été adapté au cinéma = la Compagnie des Loups).