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A biographical companion to the works of Agatha Christie

S’il y a bien une biographie de la « Duchesse du crime » (comme la nomme  François Rivière) à lire, c’est bien celle-ci.
Même l’autobiographie de Dame Agatha  An Autobiography »), qu’elle mit 20 années à rédiger- de ses 50 à 75 ans – n’est pas, selon Osborne, totalement complète.
En effet, Agatha Christie était une personnalité secrète, une personne très réservée, qui n’appréciait pas tellement les journalistes, surtout après le harcèlement dont elle fit l'objet après sa « disparition » en 1926 – au moment de ses difficultés avec  son époux, Archibald Christie.
Cette disparition est expliquée (actuellement) par les psys (qui ont toujours un avis sur tout) comme « fugue dissociative », à savoir une amnésie concernant l’identité personnelle.
A l’époque, par ailleurs, cette « disparition » fut reçue très négativement, pratiquement tout le monde y vit un coup de publicité, pire même = elle aurait voulu faire croire que son époux l’avait tuée, histoire de l’enquiquiner un peu !

Pour cette raison, elle n’accepta jamais qu’on écrive une biographie à son sujet, et dévoila ce qu’elle voulut bien dévoiler d’elle-même dans « An Autobiography » et aussi dans le très amusant « Come tell me how you live », sa vie d’épouse d’archéologue accompagnant son époux sur le terrain et toutes les mésaventures et anecdotes qui s’y rapportent.
C’est un livre que je recommande vivement pour son humour, car s’il est bien un trait de caractère sur lequel tout le monde s’accorde à propos de Mrs. Christie, c’est son humour et son sens de l’autodérision.

Charles Osborne est un éminent musicologue, une autorité internationale dans le domaine de l’opéra. Il a été nommé « Commendatore dell’Ordine della Stella… » pour son travail sur l’œuvre de Verdi.
Il a écrit de nombreux livres sur l’opéra, de même que sur la littérature, il a été pendant 15 ans directeur de l’Arts Council in Great Britain.
il est essayiste, poète, romancier et journaliste.  Il est depuis toujours un grand admirateur d’Agatha Christie (bienvenue au club), il se dit également être et a mis en roman (novelliser) 3 pièces d’Agatha Christe = Black Coffee, The Unexpected Guest & Spider’s Web.
Il est aussi une autorité en ce qui concerne le poète W. H.Auden

Néanmoins Charles Osborne reçut l’autorisation par Rosalind Hicks, la fille unique d’Agatha Christie, d’écrire cet essai parce que selon Mr. Osborne, rien n’est plus explicatif de la personnalité que l’ensemble de son œuvre = 80 romans et nouvelles au total.
Mr. Osborne reprend les nouvelles et romans, l’un après l'autre, chronologiquement parlant – car c’est dans cet ordre chronologique que se dévoile qui était Agatha Christie = beaucoup d’humour, un œil acéré sur l’humanité en général, sur ses compatriotes en particulier – avec une touche de racisme, d’antisémitisme et de xénophobie, qu’elle fait passer à travers ses personnages. Les stéréotypes ne sont jamais absents de l’œuvre de la romancière.

Ce n’est qu’au moment de la 2ème guerre mondiale que l’antisémitisme se tempéra, et surtout après la guerre lorsque les exactions nazies furent connues.
Par contre son antagonisme personnel vis-à-vis des « Rouges » (socialistes et communistes) ne se tempéra jamais ; Agatha Christie s’est toujours déclarée conservatrice et ne l’a jamais renié.
L’essai de Charles Osborne est réellement passionnant à lire lorsqu’on apprécie Agatha Christie, car si – comme tout vrai admirateur – il parle des quelques défauts de cette grande dame de la littérature, il met sans cesse l’accent sur ses talent et humour. 

Il parle également des romans qu’elle écrivit sous le pseudonyme de Mary Westmacott, et c’est là selon lui que l’on trouve la « vraie » Agatha Christie. Aux dires de son 2ème mari, l’archéologue Max Mallowan, ce sont ces romans-là qui sont les plus autobiographiques – sous ce pseudonyme et ses romans doux-amers, Mrs. Christie parle le plus de sa vie personnelle et de son ressenti, à travers les personnages de ces romans.

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« Ce compagnon biographique » comme le dit le sous-titre de l’essai lu et refermé, j’en suis presque désolée car j’ai eu l’impression très nette de découvrir  Agatha Christie, avec ses petits travers et ses nombreuses qualités.  Les Mallowan mirent leur domaine de Greenway House, sur la Dart, à la disposition des enfants évacués de Londres.
Ce même domaine servit de décor à 3 romans de l’écrivaine, quant à la rivière Dart, Agatha Christie aimait à pique-niquer en famille sur ses berges ; elle appréciait aussi beaucoup  les landes où faire de longues promenades.

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Parmi ses personnages, ceux qu’elle préféra à travers tout furent Mr. Parker Pyne et Harley Quinn, dont les nouvelles ne font que 2 recueils et qui sont moins des énigmes policières que des petits mystères de la vie privée. On y découvre à la fois Felicity Lemon et Ariadne Oliver, l’une secrétaire l’autre amie de Mr. Pyne.
Le personnage d’Ariadne Oliver, Agatha Christie ne s’en est jamais cachée, est son alter ego littéraire et elle a toujours pris beaucoup de plaisir à décrire les toilettes et coiffures aberrantes de cette romancière de polars. Agatha Christie étant elle-même une « belle plante », elle avait aussi quelques difficultés à trouver des tenues adéquates.

Personne ne l’ignore désormais, Dame Agatha ne supportait absolument pas Hercule Poirot et s’est toujours demandé ce qui lui avait pris de créer ce personnage, qui plut énormément au public et qu’elle ne put donc pas « tuer », sauf de grand âge (« Curtain »).  Miss Marple ne trouva pas toujours grâce non plus aux yeux de sa créatrice, elle la trouvait un peu trop coincée, mais aimait lui donner cet œil perçant sur la vie autour d’elle qui lui permettait ainsi de résoudre des crimes dans le calme village de St-Mary Mead.

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Le couple Tommy & Tuppence Beresford fait aussi partie des chouchous d’Agatha Christie, elle idéalisait en eux ce qu’elle aurait aimé que fût son couple avec Archibald Christie. Heureusement le couple qu’elle forma avec Max Mallowan fut particulièrement heureux, il lui était réellement tout dévoué – et non = Agatha Christie n’a jamais exprimé la phrase concernant l’intérêt affectif d’un archéologue, à savoir « plus vous vieillissez, plus il s’intéressera à vous. Cela l’horripilait d’ailleurs qu’on lui attribuât cette expression.

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Beaucoup de personnages de romans furent inspirés par des personnes de la vie publique autour de Mrs. Christie, sans pour cela que ce soit jamais offensant pour celles-ci.

Ses déboires avec les metteurs en scène de théâtre étaient bien connus, ceux-ci désirant toujours imposer leur vue sur une pièce, ce qui irritait la brave dame au plus haut point.
Quant aux versions cinématographiques de ses œuvres, elle ne les supportait pas toujours, notamment celles où Margaret Rutherford interprétait Miss Marple ; pour Agatha Christie ce furent des bouffonneries, mais elle n’en tint pas rigueur à l’actrice à qui elle dédia d’ailleurs l’un de ses romans ultérieurement.

Je pourrais encore m’étendre pendant de longues phrases sur ce bouquin épatant, compte tenu de toutes les anecdotes qui font jeter un œil différent sur les romans d’Agatha Christie – essai qui a surtout  le mérite de respecter totalement les lecteurs = à aucun moment, Charles Osborne – s’il décrit les intrigues et les compare les unes aux autres, car Agatha Christie s’ « auto-plagiait » quelques fois – il ne dévoile jamais la fin de l’intrigue (au contraire de Pierre Bayard et parfois François Rivière – oui je sais j’insiste lourdement sur ce fait, mais sincèrement je ne le digérerai jamais).
Au contraire, Osborne va même jusqu’à prévenir le lecteur que s’il n’a pas lu tel roman, il doit éviter certaines pages dans un autre où Poirot ou quelqu’un d’autre discute d’une enquête précédente et dévoile le meurtrier.

Ce livre est un formidable hommage à Agatha Christie et l’ensemble de son œuvre. 

Après quelques recherches, j’ai eu la déception de découvrir que cet essai, bien que souvent réédité en anglais, n’a jamais été traduit en français. C’est réellement surprenant lorsqu’on sait que l’œuvre de Charles Osborne a fait l’objet de traductions en nombreuses langues.

"la PAL d'Agatha Christie"

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