UN REVE D'ETERNITE A LA FONDATION BOGHOSSIAN
Petit retour à la Villa Empain, pour une visite guidée sur la villa par la guide-historienne d’art, Sarah Cordier, avec une belle exposition d’art en supplément.
Cette Villa Empain a été rachetée par la Fondation Boghossian, qui y a investit énormément d’argent car depuis l’an 2000 la villa était( totalement laissée à l’abandon, avec pour résultat = du vol (carrelage, ferronnerie) et du vandalisme, beaucoup de vandalisme. Heureusement grâce à cette fondation généreuse, la Villa Empain est désormais devenue un lieu d’expositions, mêlant les arts d’Orient et d’Occident, ce qui est désormais sa vocation affirmée. Et permet de belles découvertes dans les deux mondes et les époques.
A propos de la Villa (basé sur les explications de Madame Cordier) = demeure de type Art Déco – à ne pas confondre avec l’Art Nouveau, dont les caractéristiques sont à la fois florales (Victor Horta) et géométriques (Paul Hankar). L’Art Nouveau allie la fonctionnalité à la beauté, alors que l’Art Déco est avant tout décoratif – il n’y a pas dans l’Art Déco de côté fonctionnel, il faut que ce soit décoratif avant tout (de préférence cher, car dans l’esprit de l’époque – à partir de 1925 => ce qui est cher est beau !).
La Villa Empain, qui est une maison avec peu de pièces (!!!!), ne comporte pratiquement aucune pièce d’ameublement d’origine, sauf ce buffet en marqueterie, qui n’a même pas rencontré l’approbation du baron qui fit construire la villa. Ce dernier semblerait surtout avoir voulu faire de la villa un simple lieu de passage, car il n'y résida pratiquement pas.
La plus belle preuve en est la piscine qui occupe tout l’espace qu’aurait dû occuper un jardin, si la villa avait été la résidence principale de son propriétaire. Cette piscine était une innovation en son temps puisque l’eau en était chauffée, mais elle ne sert pas.
Les portes sont en noyer = ronces de noyer, et les panneaux muraux en loupe de noyer. Il y a heureusement toujours le beau plafond en verre gravé – le sujet en est une symbolisation de la voie lactée.
Dans toute l'architecture de la maison on comprend que la géométrie y a une place prépondérante (ferronnerie, marbres, etc). La très belle fenêtre en vitraux colorés n'a malheureusement pas pu être restaurée.
UN REVE D’ETERNITE (explications de l’exposition)
Notre époque actuelle véhicule un sentiment du temps accéléré où tout, y compris l’art, doit aller vite – or, nous avons besoin du passé et du futur pour être contemporains. L’exposition se veut une réflexion sur la notion de temps qui a mené à ce « Rêve d’Eternité »., mêlant le savoir-faire ancien et l’imagination des créateurs contemporains de différentes cultures.
L’art tient une place essentielle dans la vie, c’est-à-dire l’art comme langage universel, dépassant les clivages, l’art en tant que dialogue pour traverser le temps et les frontières.
L’exposition, comme toutes celles qui ont lieu à la fondation Boghossian, réunit l’Orient et l’Occident – un orient qui se laisse malheureusement de plus en plus souvent influencer par l’occident concernant le temps d’une œuvre.
La créativité en orient a toujours été basée sur le temps cyclique (celui de la renaissance), par contre la créativité occidentale est basée sur le temps linéaire = un début et une fin, et puis plus rien. Les jeunes artistes orientaux actuels ne prennent plus autant de temps que les anciens artisans pour qui prendre le temps était une composante essentielle dans le tissage, la broderie, la céramique, le mobilier.
Petit rappel de la part de Sarah Cordier (une définition que je partage totalement) = l’art n’a rien à voir avec le beau – le « beau » est une notion subjective, un critère personnel – on ne définit par l’art, car il est sans limite.
A propos du "Beau", je vous suggère l'intéressant billet de l'ogressedeparis sur ce sujet.
Parmi les artistes exposés on trouve des œuvres d’Hélène de Gottal, présente à la Villa ce dimanche et qui crée des œuvres en cheveux naturels – le cheveu fait partie intégrante de la notion de temps = fragilité, symbole, séduction, souvenirs.
Cette artiste belge a été étudier les méthodes des dentellières brugeoises afin de créer des broderies de dentelles de cheveux. L’exposition montre deux de ses premières œuvres = les visages.
D’autres exposants = Arlette Vermeiren et sa magnifique tapisserie « cascade » en petits papiers récupérés (oranges papillon) et peints, puis noués. Elle a également travaillé avec un créateur de mode italien pour cet original boléro (également fait d’éléments de récupération) accompagné d’une paire de boucles d’oreilles gigantesques, en plumes colorées.
Samuel Rousseau est un créateur qui mêle l’art simple aux techniques contemporaines (photographie, électronique) – un mur entier nous fait partager les saisons d’un arbre, qui est représenté à l’avant de l’écran et se profile en ombre chinoise sur l’arbre de l’écran. Assister à cette œuvre procure un beau moment de paix et de méditation.
Deux mobiles de l’artiste d’origine belge Pol Bury que j’apprécie particulièrement. Les mobiles de Pol Bury bougent imperceptiblement - pour les voir bouger, il faut prendre le temps.
Très beau aussi est ce « Songe d’une nuit d’été » avec l’envol de multiples insectes (papillons, libellules, etc), créé par Diane Didier. Les couleurs se dégradent le long de cet envol, chaque petit papillon, sauterelle, libellule, est une création unique qui est ensuite délicatement épinglée sur le mur (pour des détails d'insectes, se référer à l'album photo)
Mar Arza s’est intéressé aux vides laissés dans l’écriture (entre les paragraphes, les phrases, les mots).
Dans une petite salle, les photos d’Hiroshi Sugimoto sur les thèmes de l’eau et de l’air, deux sujets intemporels ; Sugimoto a fait le tour du monde des océans, lacs et mers, pour fixer cet horizon d’éternité où ciel et mer se rejoignent.
Robes de Manish Arora, créateur de mode se partageant entre la France et l’Inde.
Michael Young et son « chinese time » - cet artiste aime l’humour et les atmosphères détendues ; il a adapté son style aux techniques actuelles, mêlant l’orient et l’occident, le passé et le futur.
Luis Gonzales Palma, par contre, éprouve beaucoup de mélancolie face aux mystères et frustrations liés au temps, ses œuvres évoquent souvent la souffrance et la solitude.
Claude Costinovis a écrit « j’étais ce que tu es, et ce que je suis tu le seras » dans cette belle photo de nuages.
Isbah Azgal a transgressé la règle du Pakistan qui n’autorisait la peinture qu’aux hommes, les femmes étant destinées au tissage et à la broderie. Elle propose des aquarelles peintes avec un pinceau à UN poil.
L'oeuvre d'Arman sur le temps.
D’autres artistes (photographies, etc) se retrouvent dans cette exposition – je vous propose d’en découvrir la liste sur le site de la fondation.
Si vous en avez le temps, n’hésitez pas à consulter l’album photos.
Commentaires sur UN REVE D'ETERNITE A LA FONDATION BOGHOSSIAN
Très belle visite !!
Je voudrais avoir "le songe d'une nuit d'été chez moi" ! Au moins c'est hétéroclite, ça permet de découvrir différents artistes... Tu n'as pas dû t'ennuyer
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merci beaucoup, il y a encore plus de photos dans l'album, sinon cela aurait réellement été trop long
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je crois que tout le monde aimerait ce "songe d'une nuit d'été" épinglée sur un mur, c'était réellement plein de couleurs et de douceur à la fois
je ne me suis effectivement pas ennuyée, jamais d'ailleurs avec les visites de sarah cordier - ce fut un peu une "visite surprise", un cadeau d'anniversaire tardif d'un couple que je connais depuis de longues années et que je vois une fois par an - quand j'ai de la chance
généralement ils ont des empêchement de dernière minute - ici, heureusement ils n'ont pas pu annuler
J'aime cette période architecturale, je trouve qu'ils étaient vraiment créatifs et novateurs. Les artistes exposés vont bien dans le décor, il y a des pièces superbes.
cette fondation semble effectivement avoir une très bonne muséographie car le mélange passé/présent, orient/occident est réellement subtil et bien utilisé
Le visage en cheveux est très original, mais c'est quand même assez spécial, je trouve...Personnellement, ça me fait plutôt froid dans le dos... :-8
Ces différentes oeuvres sont vraiment intéressantes. Sauf celle en cheveux, ça me fait frémir !
Villa typique des tournages de nombre d'Hercule Poirot
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ce ne sont pas des cheveux arrachés du crâne, ce sont des cheveux récupérés par l'artiste chez une coiffeuse de ses amies - personnellement j'aime bien
oui c'est le même type de décor
c'est surprenant à quel point ces masques en cheveux donnent le frisson
personnellement je trouve ça très original - ce qui me fait frémir c'est le temps passé à créer ce type d'oeuvre
Comme Manu, cette exposition me semble réellement intéressante mais les cheveux... bof !
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sublime ! merci pour la visite virtuelle !
Elle est magnifique cette villa! Merci pour le lien du site de la fondation, je l'ai ajouté dans mes favoris.
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J'ai adoré cette visite avec toi (dans une maison d'Hercule Poirot !) Et la leçon d'histoire de l'art est passionnante !
Beaucoup de choses qui me plaisent... mais j'ai un faible pour "le songe d'une nuit d'été" et les mobiles ! Là, le temps semble s'arrêter.
Je ne parle pas de la merveilleuse robe aux papillons...ce serait une déformation professionnelle !
"le songe d'une nuit d'été" a fait l'unanimité
si un jour tu crées un t-shirt "papillons", je suis preneuse ![]()
j'ai pris grand plaisir à partager cette visite (comme toutes mes visites d'expo d'ailleurs
)
j'aime de plus en plus me rendre à la villa empain (j'en profite pour m'installer dans un coin et lire - je me sens comme une princesse de conte de fées) ![]()
je ne suis vraiment pas normale moi !
j'ai vraiment bien apprécié ces visages en cheveux - je me suis surtout intéressée au côté "technique" je pense ![]()
ce fut un plaisir de partager cette visite
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