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Titre français = Bigamie 

Scénario  de Collier Young, d’après une histoirede Larry Marcus & Lou Schor. 

Un homme, deux femmes, quoi de plus banal ?

Aux USA, la bigamie est courante, paraît-il – ce qui me surprendra toujours. Cela a pourtant permis à Ida Lupino, excellente actrice et réalisatrice, de mettre en scène une histoire émouvante, et en même temps consternante !

La manière dont tout cela est arrivé pèse lourd sur la conscience d’Harry Graham lorsqu’il se met à raconter son histoire au brave Mr. Jordan enquêtant afin de confirmer si le couple Graham est apte à adopter un orphelin.
Tout commença  huit mois auparavant =

Entre Eve, son épouse, et lui, une faille s’est produite lorsque la jeune femme apprit qu’elle ne pourrait jamais être mère ; elle s’est alors investie corps et âme dans leur petite entreprise d’électroménager, dont il est le représentant. Grâce au travail d’Eve, l’entreprise est florissante – elle est la tête et lui les jambes !
Eve devient de plus en plus distante, tout absorbée par son travail.

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Harry se sent de plus en plus seul et lors d’un nouveau séjour à Los Angeles pour affaires, il y est coincé plus longtemps que prévu.
Il décide alors de prendre le bus touristique effectuant une balade à travers les rues où vivent les célèbres acteurs hollywoodiens. Dans ce même bus, une sympathique jeune femme, Phyllis Martin, appréciant la balade en bus qui lui permet de reposer ses jambes de serveuse de restaurant. Phyllis est quelqu’un que la vie a blessée bien qu’elle n’en laisse pas paraître grand-chose. D’abord réticente devant ce dragueur plus que maladroit, la jeune femme accepte de prendre un verre ; cela se termine ainsi, sans même l’intention de se revoir de part et d’autre.

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 De retour à San Francisco, Harry voudrait se rapprocher d’Eve, lui proposer un voyage en amoureux pour se retrouver, mais la jeune femme absorbée par le succès de leur entreprise lui répond que le moment est mal choisi. Peu après, Harry retrouve Phyllis et entame une relation avec elle.

Pendant ce temps, Eve a reçu des nouvelles de Floride où son père n’est pas en bonne santé ; cela l’amène à réfléchir sur l’importance d’avoir une vraie famille et admet que désormais elle accepte l’idée de l’adoption. Harry ne revoit plus Phyllis, mais lors d’un retour à Los Angeles, il apprend qu’elle ne travaille plus au restaurant ; se rendant à la pension de famille, il apprend que la jeune femme est enceinte. 
Harry épouse donc Phyllis, tout en n’étant pas encore divorcé d’Eve ; en fait l’homme ne sait plus du tout où il en est – il aime les deux femmes et n’a aucune envie de faire de la peine à l’une comme à l’autre. De plus, il est attaché à son petit garçon.
Mais la machine est en marche = ils ont introduit la demande d’adoption et le brave Monsieur Jordan a découvert l’ « autre » adresse dans l’annuaire de L.A.
Après le récit d’Harry Graham, Mr Jordan s’en va, éprouvant à la fois de la peine et du mépris pour son manque de courage. Il laisse Harry face à sa conscience et  la justice.

Pourquoi m’être intéressée à ce mélo ? tout d’abord parce qu’il est présenté comme un « classique du cinéma », ce qu’il est ne fut-ce que par la présence derrière la caméra d’Ida Lupino.
Celle-ci était une formidable actrice, jouant fréquemment dans des films noirs, aussi ai-je pensé que ce « Bigamist » était peut-être dans la veine d’un « noir ». Ce n’est pas du tout cela, c’est simplement le dilemme d’un homme pris entre deux femmes qu’il aime et incapable de choisir – ce qui va forcément lui retomber dessus.

Ce que j’ai aussi trouvé ironique – et connaissant la réputation d'humour caustique d’Ida Lupino, j’ai l’impression que ce n’est pas un hasard – le scénariste Collier Young était l’époux de l’actrice Joan Fontaine/Eve Graham, alors qu’il était divorcé de Lupino. Ça c’est pour la petite histoire. 

Dans l'histoire du cinéma et des femmes réalisatrices, Ida Lupino fut l’une des  femmes metteurs en scène parmi les plus connues aux Etats-Unis, avec Dorothy Azner, (déjà opérationnelle du temps du muet).
Lupino avait été comédienne chez Fritz Lang, Raoul Walsh, etc. Elle prit sa place derrière la caméra en 1949, lorsque tournant un film pour Elmer Clifton, ce dernier eut un malaise qui faillit arrêter le tournage ; Ida Lupino termina le film et forte de cette expérience, décida de se lancer dans la production et la réalisation.
A l’époque elle était encore mariée à Collier Young ; ensemble ils fondèrent la société « The Filmakers » (pas de faute – c’est ainsi que se nommait leur compagnie).

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Les sujets mis en scène par Ida Lupino n’étaient pas choisis au hasard = elle était désireuse d’attirer l’attention sur les femmes, et plus particulièrement sur les femmes subissant des discriminations dans la société bien pensante made in USA.
Ainsi son 2ème long métrage « Not wanted » parle d’une grossesse non désirée par une jeune femme célibataire. Ensuite « Never fear », l’histoire d’une jeune femme atteinte de polio et déterminée à mener une vie normale dans la société.

« Outrage » ira encore plus loin = ici Lupino aborde le problème du viol et surtout le regard que porte la société sur la victime, la désignant pratiquement comme coupable ; la jeune femme en perdra son emploi et fuira la ville qui la rejette, jusqu’à ce qu’un homme lui apprenne à affronter ceux qui la couvrent d’opprobe.
« The Bigamist » fait l’objet de ma chronique, ici Lupino ne prend pas parti, elle expose les faits. « The hitchhiker » sera un pur film noir, des plus inquiétants. 

Après avoir réalisé un total de 7 long métrages, la petite compagnie de production fit faillite, mais Ida Lupino ne mit pas pour autant sa casquette de metteur en scène au rencart, se tournant dès lors vers la télévision.

Dans son rôle de Phyllis, l’ « autre femme » dans la vie d’Harry Graham, elle est touchante par sa volonté d’assumer sa vie seule. Ce dernier est fort bien interprété par Edmund O’Brien ; j’ai déjà eu l’occasion de voir cet acteur dans pas mal de classiques du cinéma et à chaque fois, il est différent et excellent.
Eve Graham est joliment interprétée par Joan Fontaine, élégante, d’abord distante puis soudain prenant conscience de la crise dans son ménage.

Citons encore Edmund Gwenn en Mr. Jordan, un acteur qui fut un merveilleux père Noël auprès de Natalie Wood dans « Miracle on 34th street ». Il fut aussi le père dans l’une des premières versions de « Pride & Prejudice ». Sa filmographie est impressionnante, mais le fait est que c’est un acteur peu connu du public sauf peut-être par ceux qui ont apprécié « The trouble with Harry » d’Alfred Hitchcock, un vrai petit bijou d’humour noir.
Sa femme de ménage est jouée de manière savoureuse par Jane Darwell, également actrice de rôles secondaires.

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« The Bigamist » est une histoire surprenante, le personnage masculin provoque des sentiments ambigus – comme Mr. Jordan, on éprouve à la fois de la pitié et du mépris pour lui. Le film se termine sur un point d’interrogation, ce qui m’a plu.