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Une enquête de l’adjudant Di Nazzo et son équipe

Au départ, à Roussillon, rien ne reliait Sandra et Caroline. Toutes deux jeunes, mais issues de milieux tellement différents qu’elles ne s’étaient vues qu’au bahut, et encore ! Elles se retrouveront néanmoins unies dans la souffrance et la mort. Elles fréquentaient toutes les deux un homme jeune, dont le prénom semblait changer au gré de ses conquêtes, dealer, proxénète.
Toutes deux ont été retrouvées dans une déchetterie, parmi les branchages, les gravats, le crâne enfoncé par un objet contondant, après avoir subi d’horribles sévices.

Pour l’adjudant Di Nazzo et son efficace équipe commence alors une difficile enquête, car il n’y a pas énormément d’indices. Les parents de la jeune Sandra sont totalement indifférents au sort de leur fille, de la mère au fils aîné, en passant par le père, tout le monde se fiche de cette malheureuse gamine qui n’avait guère de chances de s’en sortir, qui n’avait qu’une seule amie, Alicia, une « mama black » qui s’en veut terriblement de ne pas avoir dénoncé plus tôt cette famille odieuse.
Mais dans la banlieue et dans les HLM la règle d’or est celle du silence, par indifférence parfois, par peur la plupart du temps.
Pour Caroline, le milieu était différent – des parents enseignants tentant d’être de bons parents, essayant de ne pas être sévères, trop permissifs peut-être ? allez savoir… avec les enfants c’est si difficile de bien faire.

L’enquête mène cependant vers ces HLM, où vivait Sandra ; certains témoignages semblent pointer vers un jeune français d’origine turque, qui joue les gros bras dans le quartier.

Pendant que cette enquête piétine, une jeune fille d’origine turque, française par sa mère, a trouvé un petit travail chez Diane Marly,  connue par les amateurs de polars sous le nom de Diane Miller. Diane s’est prise d’affection pour Jasmine, qui a francisé son prénom Yasmina.
Jasmine a peur, elle a confié à Diane que son père a des projets de mariage en Turquie, comme il a obligé sa sœur aînée à se marier là-bas. Diane a promis de veiller sur Jasmine, mais que peut-elle contre un clan familial bien décidé à ce que la fille suive les règles de la communauté où seul le patriarche a voix au chapitre. 

Lorsque Jasmine est littéralement enlevée par sa famille pour être mariée à un homme du double de son âge à Istanbul, Diane sait ce qu’il lui reste à faire, aller chercher Jasmine et la ramener en France.
Elle va recevoir l’aide inattendue de Cécile Borry, la gendarme de l’équipe Di Nazzo-Grandjean ; cette dernière est persuadée que le frère de Jasmine et l’ignoble assassin de Sandra et Caroline sont une seule et même personne. Bien sûr, elle n’aura légalement aucun pouvoir en Turquie, mais si elle peut aider la romancière, devenue une amie, elle le fera.
Et tant pis si l’adjudant-chef n’est pas content. D’ailleurs s’éloigner de Di Nazzo ne sera pas une mauvaise chose, les sentiments de Cécile Borry à l’égard de son chef devenant fort confus.

De rebondissement en rebondissement, Nicole Provence tient les lecteurs en haleine du début à la fin de ce roman, qui diffère un peu des précédentes enquêtes de l’adjudant Di Nazzo, un homme sympathique, un excellent chef qui accepte d’écouter ses hommes et la femme dans son équipe.
La romancière nous balade de l’Isère jusqu’en Turquie, où la situation de Jasmine, redevenue Yasmina, prend un tournant des plus dramatiques également 

Ce qu’il y a de formidable dans le roman de Nicole Provence est qu’il n’y a nul racisme ; bien sûr, l’histoire se situe – entre autres – dans une famille turque et musulmane, mais sans qu’il y ait jugement d’espèce de la part de l’auteure.

Elle ne juge pas, elle a simplement situé son intrigue dans un milieu qui, il faut bien l’avouer, nous inquiète de plus en plus. Et même parfois, souvent, nous choque par son intégrisme et son refus du respect de nos lois en matière de tolérance et ouverture d’esprit.

Néanmoins ceci n’est pas une histoire d’ « Européen » sympa vis-à-vis de « Musulman » pas sympa – c’est une histoire qui pourrait arriver dans n’importe quel pays où les communautés musulmanes, qu’elles soient turques, pakistanaises ou nord-africaines, veulent vivre selon leurs principes à elles.

Mais tous les blancs ne sont pas nécessairement aimables non plus dans cette histoire, tout comme tous les Turcs de cette enquête ne sont pas tous des « salauds ». L’auteure nous propose une fort intéressante galerie de personnages, très divers.
L’histoire est un  pamphlet en faveur de la tolérance et de la compréhension avec quelques très beaux portraits qu’ils soient gens de couleur ou blancs. 

Et puis, il ne faudrait pas non plus oublier le grand talent de Nicole Provence, qui nous promène dans Istanbul, qu’elle connaît bien. Pour un peu, on s’y croirait, dans les ruelles, dans les lieux historiques à visiter. Tout cela est écrit et décrit avec une plume superbe. Et je ne dis pas cela parce que j’ai le plaisir d’avoir croisé la route de cette femme chaleureuse.

J’ai énormément apprécié ce roman, qui présente malgré tout quelques scènes très dures, ce à quoi Nicole Provence ne nous a pas tellement habitués – mais c’est l’époque qui veut ça sans doute, les thrillers désormais doivent comporter quelques scènes bien « gore » pour attirer certains chalands en mal de sensation.
Cependant, il ne s’agit pas ici de voyeurisme gratuit, ces scènes de début du roman situent immédiatement les tortures subies par les jeunes filles sur lesquelles l’équipe Di Nazzo-GrandJean-Borry-Briand doit enquêter. 

De plus, cette fois notre beau et lisse adjudant, un homme qui a très peu de défauts (et ça fait plaisir d’avoir pour une fois un policier qui ne soit pas alcoolique, avec états d’âme, problèmes conjugaux etc.) mais qui ici montre toutefois une toute petite faille dans sa cuirasse.

A lire absolument (livre à télécharger sur Gaia Village Publications)