18993406_w434_h_q80Walter Vale est professeur dans le Connecticut où il habite ; son fils habite Londres. En souvenir de sa femme, pianiste célèbre, décédée, Walter Vale apprend le piano, mais il n’est guère doué. Pourtant la musique est la seule chose qui lui donne encore l’impression d’exister un peu, car le professeur Vale vivote plutôt. Plus grand’chose ne l’intéresse ; il enseigne sans conviction aucune, tout comme il écrit à peine le quatrième livre qui est en chantier depuis un certain temps.

Lorsque son université l’envoie à un congrès à New York afin d’y défendre un article qu’il a co-signé, l’idée ne l’intéresse même pas, mais il n’a guère le choix.

Arrivé dans l’appartement qui lui appartient dans la grosse Pomme, une surprise de taille l’y attend : un jeune couple y habite. Après avoir expliqué que ce appartement est le sien même s’il n’y réside plus depuis un certain temps, le jeune couple très correctement plie bagage, il semble avoir été victime d’un copain peu scrupuleux. Réalisant que les jeunes gens n’ont pas d’endroit où aller, Vale leur propose de les héberger, le temps qu’ils trouvent autre chose. Elle est Sénégalaise, lui est Syrien. Autant Zainab – qui crée et fabrique de très jolis bijoux qu’elle vend sur un marché - se méfie et est renfermée, autant Tarek est un garçon extraverti, excellent musicien ; il joue du djembé et se produit parfois dans une boîte de jazz. Il apprécie sincèrement le geste de Vale et se propose de lui enseigner le djembé.

L’instrument dépoussière l’âme endormie du professeur qui découvre que son cœur bat au rythme de cette musique et qu’elle lui réchauffe l’âme.

C’est alors que Tarek est arrêté dans le métro après un contrôle ; il est conduit dans un centre pour résidents illégaux. Zainab part se réfugier chez un cousin, car elle aussi est en situation illégale.

Walter Vale va alors se révéler un ami vrai et sincère, mettant tout en œuvre pour aider son jeune ami musicien ; il est hélas en situation illégale et depuis le 11 septembre, les Etats-Unis voient des terroristes partout et risque d’être rapatrié vers la Syrie où son père fut tué lorsqu’il était jeune.

Lorsque la maman de Tarek débarque du Michigan où elle vit, le cœur de Vale bat un peu plus vite et il se sent encore plus motivé dans son combat pour la défense de la veuve et de l’orphelin.

Les « feel-good movies » (= films euphorisants) sont suffisamment rares pour que lorsqu’il y en a un qui se présente sur les écrans, il vaut mieux se précipiter pour aller les voir.

Le scénario de ce « Visitor » semble, au départ, très prévisible et pourtant la fin en surprendra plus d’un car elle ne correspond guère aux schémas hollywoodiens classiques.

18908065_w434_h_q80Toute l’histoire repose sur les épaules de Richard Jenkins, un habitué des seconds rôles (vu récemment dans « Burn after reading » et connu par la série « Six Feet Under » à la télévision).

Il est magistral et émouvant dans le rôle d’un homme qui n’attend plus rien de la vie et que la musique réveille.

18959764_w434_h_q80Face à lui, il y a Haaz Sleiman, tout aussi excellent en Tarek Khalil, un jeune homme qui ne comprend pas pourquoi soudain il est arrêté, emprisonné comme un vulgaire terroriste. Comme il le dit très justement : « les terroristes sont des gens riches qui se cachent grâce à leur argent pour échapper à la loi ».

La jeune femme qu’il aime est jouée par Danai Gurira, avec justesse.

C’est la très belle Hiam Abbass (qui jouait dans « Lemon Tree ») qui interprète Mouna Khalil, une mère désespérée par ce qui arrive à son fils, qui va découvrir la beauté de l’amitié que lui offre Walter Vance.

J’ai été littéralement sous le charme de cette femme, émouvante et fragile. Quel beau visage que celui de Hiam Abbass, loin de tous les canons habituels made in USA.

C’est en tournant un film subventionné par le ministère des affaires étrangères américain et montré au Moyen-Orient dans un but de rapprochement entre les peuples, que le réalisteur Tom McCarthy a eu l’idée du « Visitor ».

Au cours de son voyage, McCarthy a réalisé à quel point les Etats-Unis vivaient dans une autre dimension, totalement isolés du reste du monde.

Son film aborde le thème fort délicat de l’immigration, des résidents illégaux. Le réalisateur a voulu aborder le seul thème de l’aspect humain, il ne fait pas de son histoire un pamphlet politique ; ce qu’il veut c’est attirer l’attention de tous sur les centres fermés, les détentions pénibles et le rapatriement de personnes qui sont parfois établies depuis longtemps dans un pays où ils se sont réfugiés afin d’ échapper aux dures réalités chez eux. Le réalisateur, tout en refusant le terme de « polémique », a voulu faire comprendre que certaines situations ne sont tout simplement pas justes.

Tout le scénario est empreint d’humanité, de tolérance et du choix que nous avons tous de secouer la poussière de nos consciences.

« The Visitor » est plein de finesse, jamais agressif, pudique, délicat et bouleversant.

C’est, pour moi, l’un des plus beaux films de cette année, il faut courir le voir sinon on risque de passer à côté de quelque chose de très beau, tout simplement.

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